Jour 7
Dalton Hwy I
On the Dalton Hwy: North Slope – Brooks Range – Coldfoot
Retour vers le sud le long de la Dalton Highway
Arrivés maintenant au point au-delà duquel on ne procède que par voie d’eau, nous entreprenons la descente vers le sud qui nécessitera deux jours pour atteindre Fairbanks le long des 666 km de la Dalton Hwy à travers des landes désolées.
Sag River Overlook et les zones humides arctiques
À 8h nous sommes prêts à partir vers le sud quand la journée est telle que nous l’avions laissée la veille au soir. L’ensemble donne de l’espoir, tant et si bien qu’après quelques km nous quittons la zone frontalière météorologique entre terre et mer pour rencontrer à l’intérieur des terres un soleil froid qui nous accompagnera toute la journée. Nous nous arrêtons dans un lay-by où il y a des tentes et des caravanes de chasseurs : à cette période la chasse au caribou est ouverte. À un certain moment arrive un pickup avec un congélateur sur le dessus pour entreposer la viande et ensuite la transporter.
Nous nous arrêtons aussi un instant au Sag River Overlook, un point panoramique sur l’une des nombreuses rivières qui descendent directement vers le nord, à la hauteur de la station de pompage n° 2. Ici travaillent 60 personnes et il y a une surveillance 24h/24.
La végétation est constituée de simples arbustes et d’une mousse si épaisse qu’elle paraît presque caoutchouteuse sous les pas. Le paysage continue assez monotone. Toute la zone est pleine de marécages et d’étangs, ce qui représente un paradoxe puisque les précipitations sont extrêmement rares, seulement 13 cm de pluie par an. Cependant l’eau ne peut pas s’écouler du fait que le pergélisol ne permet pas le passage dans les couches souterraines, avec pour conséquence de rester en surface. La zone est donc appelée wetland bien qu’elle ne soit pas très pluvieuse. Contribue à la présence de marécages aussi la faible évaporation due aux basses températures. Dans les mois de juin et juillet il y a une véritable prolifération de moustiques et de petites mouches noires, qui restent inoffensives. De telles situations sont à l’origine d’autres phénomènes spécifiques des terres froides, comme les pingos.
Galbraith Lake
Au fur et à mesure que nous avançons les premières montagnes de roches stériles et totalement dépourvues de végétation commencent à apparaître à l’horizon. Pique-nique frugal à 14h près du Galbraith Lake, après avoir accepté de longues attentes près des alternances de circulation car des travaux d’entretien de la surface de la route sont en cours.

Le long du Trans-Alaska Pipeline
Le long de tout l’itinéraire la route court parallèle au Trans Alaska Pipeline, qui de temps en temps s’enfonce sous terre ou saute d’un côté à l’autre de la route. Bien qu’en apparence ils puissent sembler dépourvus de sens, ce ne sont rien d’autre qu’une série de mesures pour maintenir la température constante ainsi que protection contre les fréquents tremblements de terre qui frappent l’Alaska. L’un de ceux-ci est précisément la construction en zigzag. Elle est également faite pour passer sous terre quand on se trouve dans des zones à risque d’avalanches ou à proximité des stations de pompage.
Atigun Pass et le retour du vert
Nous atteignons le point le plus élevé sur la Hwy à l’ Atigun Pass à 1 444 m qui est aussi le col routier le plus élevé de tout l’Alaska, ainsi que la ligne de partage des eaux continentale entre le bassin du Yukon et le bassin arctique, où il y a quelques années le pipeline a perdu pas mal de pétrole. On ne sait pas si la cause était accidentelle ou intentionnelle. Paysagèrement ce n’est pas très beau, vu la rudesse du terrain, mais de belles vallées s’ouvrent sur les deux versants et à proximité de la route nous pouvons apercevoir un groupe de mouflons de Dall en train de brouter le peu d’herbe disponible.
Il faut considérer que l’altitude par rapport à la latitude ne pouvait certainement pas nous faire trouver des palmiers. Bien qu’elle n’ait pas les lacets qui caractérisent nos vallées, on se demande comment les camions peuvent monter le long de cette route pendant les mois d’hiver. Nous n’osons même pas penser comment un accident minime pourrait avoir des conséquences mortelles dans ces conditions extrêmes.
Au sud du col, à mesure que nous descendons la couleur verte commence à se voir avec plus d’insistance. Ce ne sont plus seulement les mousses et les arbustes qui font la loi et le paysage devient plus varié. Les forêts de conifères au loin rendent le panorama plus varié et animé, dans le style classique des vallées nord-américaines. Aussi les sommets sont plus plastiques et moins stériles par rapport au nord. Les torrents qui descendent impétueusement apportent avec eux de l’eau cristalline. Si seulement la couverture fine mais gênante de nuages hauts laissait de la place au soleil, l’ensemble rendrait une image paradisiaque.
Dernier épicéa et le retour de la forêt
Ensuite nous nous arrêtons un couple de fois au Chalander Shelf et à la hauteur du Dernier épicéa, le dernier épicéa, c’est-à-dire celui qui représentait la limite nord de la végétation haute. Il y a un panneau placé pour mettre en évidence ce pionnier des épicéas, qui n’a pas craint le froid pendant tant d’années mais a été abattu par un idiot qui l’a pris à coups de hache. Certes nous ne pouvons pas comprendre quelles fautes peuvent être attribuées au pauvre arbre qui avait eu le destin de naître et de survivre plus au nord que les autres de son espèce.
Nous rencontrons des chasseurs à la poursuite du caribou. Ils sont armés d’arbalètes avec des flèches correspondantes et nous expliquent comment dans une bande de 5 miles autour du pipeline on ne peut pas chasser ou simplement utiliser des armes à feu. Un peu partout on voit des tentes placées au milieu de nulle part qui attendent le retour du soir des adeptes de l’activité cynégétique.
La végétation commence à tendre vers le jaune, signe clair que l’automne ne tardera pas à arriver, bien que nous ayons à peine dépassé la mi-août. Il est surprenant de constater combien tout ici est contraint de concentrer son activité dans les courts mois d’été, de manière à pouvoir compléter son cycle avant que le gel ne revienne prendre possession de tout. La route est entièrement en terre, dans des tronçons où l’on peut même atteindre 40 mph (les camionneurs audacieux avec leurs trucks atteignent même 50) alternent avec des morceaux infernaux. Tant et si bien qu’à côté des pick-up et des 4x4 on ne voit pas de voitures traditionnelles.
Coldfoot Camp
Nous arrivons à Coldfoot quand il est déjà soir avec un tronçon final constitué de 15 miles d’asphalte qui commence à la hauteur de Wiseman. Une vraie manne pour nos postérieurs. Auparavant nous en avions déjà rencontré quelques miles à la hauteur de la station de pompage n° 2. Nous nous installons au Coldfoot Camp, le seul ou parmi les rares hébergements disponibles dans un rayon de centaines de miles.
Nous dînons dans un saloon très original qui sent vraiment la dernière frontière. Il n’a pas besoin de grandes fictions comme cela arrive ailleurs pour simuler le far west, il suffit qu’il reste tel qu’il est. En effet Coldfoot n’est rien de plus qu’une grande station-service placée à mi-chemin entre Fairbanks et Deadhorse, où tous les camions s’arrêtent pour faire le plein et se restaurer.
J’ai un moment de panique à l’idée de devoir passer une autre soirée sans une Alaska Amber, la fraîche (et nous en aurions besoin !) bière locale. On nous explique que la bière ne peut pas être servie dans la salle où nous sommes mais seulement dans celle adjacente. Nous déménageons volontiers. Dîner buffet à volonté avec une excellente viande et des légumes, impensables à cette latitude et dans ce désert d’humanité. Les chambres sont correctes mais rien de plus, après tout nous ne pouvons pas attendre grand-chose d’un endroit comme celui-ci, au milieu de nulle part, parcouru toute l’année par les camions et seulement pendant une courte saison par les touristes.
S’il changeait il perdrait son charme, chose que nous remarquons en revanche dans le Visitor Center. C’est une véritable cathédrale dans le désert, bien que d’excellente facture et avec des architectures en bois qui s’intègrent bien à ce qui nous entoure. Gardant à l’esprit qu’il n’est opérationnel que pendant quelques mois par an, l’impression reste celle d’un gaspillage d’argent rendu possible seulement par la richesse générée par le pétrole.
Après le dîner nous faisons quelques pas pour le visiter, ce soir il y a une conférence agréable sur comment apprendre des animaux à survivre à la crise. Jamais plus nous n’aurions pensé à un sujet aussi intéressant traité dans un lieu que nous pouvons définir hors du monde, sans crainte de démenti. Une conférencière brillante, à l’aide de diapositives, nous explique comment les caribous se défendent des saisons adverses en migrant, les ours en hibernant, la force des loups est en revanche celle de se rassembler en meutes et de cette façon pouvoir chasser mieux et donc survivre, les lièvres des neiges et les fireweed à la fin de la saison sèchent pour laisser de la place aux nouvelles générations au printemps prochain. C’est la paraphrase du fait d’aller à la retraite.
En rentrant vers notre chambre nous voyons les pick-up des chasseurs chargés de proies dans les grands congélateurs qu’ils ont à bord. Que la chasse s’est bien passée nous l’intuons aux bois emmêlés sur le dessus. Il y a même un hélicoptère garé dans les grands espaces devant. Mais on sait qu’en Amérique tout est grand.









